Youssef Drissi, fondateur de Late For Work : le talent marocain qui bouscule les codes

Youssef Drissi, fondateur de Late For Work : le talent marocain qui bouscule les codes
Youssef Drisssi

Fondée en 2020 à la Casa Moda Academy de Casablanca, Late For Work s’est imposée comme l’une des marques marocaines à suivre sur la scène mode. À sa tête, Youssef Drissi, un créateur qui cultive une vision singulière du vestiaire contemporain, entre tailoring, décontraction et esprit des années 1980. En 2025, sa marque remporte le prix Ready-to-Wear aux Fashion Trust Arabia Awards, avant de voir son fondateur figurer parmi les talents émergents du Prix de la mode du monde arabe de l’IMA en 2026. Rencontre avec un créateur qui préfère laisser ses collections parler pour lui.

« Il y a quelque chose de très beau dans le fait d’embrasser ses imperfections »

Late for Work FW26-27

ELLE : Comment est née Late For Work ?

Youssef Drissi : Tout part d’un projet de fin d’études, en 2020, à la Casa Moda Academy de Casablanca. Déconstruction, identités fluides, silhouettes qui n’obéissent à personne : Late For Work est née comme un manifeste, avant même d’être une marque.

ELLE : Cinq ans plus tard, votre travail est récompensé par le Fashion Trust Arabia. Qu’est-ce que cette reconnaissance représente pour vous ?

Y.D : C’est évidemment une grande fierté. Mais je considère ces distinctions comme le fruit de plusieurs années de travail, de passion et de persévérance. Au-delà des récompenses, ce qui compte, c’est de continuer à construire quelque chose qui nous ressemble.

ELLE : Comment définiriez-vous l’identité de Late For Work aujourd’hui ?

Y.D : Nous cherchons à affirmer notre identité tout en continuant à explorer de nouvelles constructions. Il y a une dimension de jeu qui fait partie de l’ADN de la marque. J’aime l’idée de pouvoir expérimenter, de détourner les codes et de ne pas me limiter à une seule manière de faire.

ELLE : Quelle place occupe l’imperfection dans votre vision de la mode ?

Y.D : Il y a quelque chose de très beau dans le fait d’embrasser ses imperfections. Je pense que c’est aussi ce qui rend une pièce intéressante : elle n’a pas besoin d’être parfaitement lisse pour avoir du caractère.

Le vestiaire Late For Work : entre tailoring et décontraction

ELLE : Quelles matières aimez-vous particulièrement travailler ?

Y.D : J’aime beaucoup travailler des matières classiques, comme la gabardine, la popeline ou les draperies de laine. Ce sont des tissus très liés à l’univers du tailoring et du workwear, qui sont au cœur de Late For Work. J’aime ensuite expérimenter avec les textures ou les mélanges de matières selon les collections. Ces bases me permettent de concentrer ma créativité sur la coupe, les volumes et la construction du vêtement.

ELLE : Quelle création représente le mieux votre travail ?

Y.D : Il y a notamment une silhouette à laquelle je suis particulièrement attaché : notre pantalon signature, avec des panneaux sur les côtés, associé à une chemise crop iconique et à sa patte de boutonnage XXL. Cette silhouette est présente depuis les débuts de Late For Work, à l’époque de mon projet de fin d’études. Elle a évolué avec la marque et s’impose aujourd’hui comme l’un de nos best-sellers.

ELLE : Y a-t-il une pièce que vous n’auriez jamais imaginé voir rencontrer un tel succès ?

Y.D : Je pense à un blazer assez classique, qui se ferme avec des manches. Au moment de le dessiner, je n’étais pas totalement convaincu par la pièce et je ne pensais pas qu’elle rencontrerait un tel succès. Finalement, c’est l’un des modèles qui a suscité le plus d’intérêt.

ELLE : Pour quelqu’un qui souhaite découvrir Late For Work, quelle serait la première pièce à adopter?

Y.D : Je conseillerais de commencer simplement. Les pièces Late For Work ont déjà beaucoup de caractère, donc j’aime les associer à des basiques du quotidien : un jean, un pantalon droit ou une chemise blanche. C’est le meilleur moyen de laisser la pièce s’exprimer tout en se l’appropriant à son rythme.

Une mode libre, sans frontières de genre

ELLE : Pourquoi avoir choisi de créer des vêtements qui s’adressent aussi bien aux femmes qu’aux hommes ?

Y.D : Je ne pense pas que le fait d’être un homme ou une femme détermine la manière dont on crée. Ce qui compte, c’est la capacité à observer, à comprendre et à créer des vêtements qui résonnent avec les personnes qui les portent.

ELLE : Votre dernière collection en trois mots ?

Y.D : Maturité, exploration et fun. C’est ce qui définit la nouvelle collection. Nous continuons à affirmer notre identité, tout en explorant de nouvelles constructions et en conservant cette dimension de jeu qui fait partie de l’ADN de la marque.

Et maintenant ?

ELLE : Quels sont vos prochains projets ?

Y.D : À court terme, nous préparons notre prochaine collection, qui sera présentée en septembre et en octobre dans des showrooms, dans deux capitales de la mode. L’objectif est de rencontrer de nouveaux acheteurs, de développer notre réseau de distribution et de continuer à grandir à l’international.

ELLE : Un dernier mot sur la suite ?

Y.D : Continuer à faire évoluer la marque, à explorer et à construire de nouvelles choses, sans perdre ce qui fait son identité.