Whimsymaxxing : quelle est cette tendance beauté qui met des paillettes dans nos vies ?

Whimsymaxxing : quelle est cette tendance beauté qui met des paillettes dans nos vies ?
Chelsea Kwon @Pinterest

Après des années de gris, de beige et de greige, le strass reprend du service pour notre plus grand plaisir.

Et si le nouvel objet de désir n’était pas un sac, une paire de chaussures ou même un bijou, mais un simple strass ? Depuis quelques semaines, les petits cristaux colorés semblent avoir envahi notre fil d’actualité. Sur les ongles, les visages, les vêtements, les coques de téléphone, les produits de beauté, les gobelets de matcha… et même les Tajines ? En 2026, rien ne semble plus à l’abri du bedazzling.

Son moment de gloire, le phénomène le doit indubitablement à Kylie Jenner. Pour ses 29 ans, la star a organisé une fête aux airs de conte de fées Y2K, où les diadèmes, le rose et les strass étaient omniprésents. Mais c’est surtout l’un de ses gâteaux, entièrement recouvert de pierres colorées, qui a retenu l’attention d’Internet. Depuis, la formule s’est propagée : on décore son téléphone, son masque en tissu, son café, ses ongles ou ses produits de beauté. La règle semble désormais aussi simple qu’absurde : si ça peut être recouvert de strass, pourquoi ne pas le faire ?

À première vue, difficile d’y voir autre chose qu’une nouvelle lubie Gen Z ou Alpha. Pourtant, le bedazzling raconte quelque chose de plus intéressant sur notre rapport actuel à la mode et à la consommation.

Car le strass n’est pas nouveau et la Gen Z connaît bien son histoire. Il appartient au vocabulaire visuel des années 2000, à cette époque où l’on pouvait porter des jeans à paillettes, des tops minuscules et des accessoires couverts de faux diamants sans jamais considérer que l’on en faisait trop. Aujourd’hui, il revient, mais avec une différence essentielle. Le strass ne cherche plus forcément à faire riche. Il cherche à réconforter.

C’est peut-être là que réside toute la singularité du phénomène. La tendance whimsy, dont le bedazzling est l’une des expressions les plus visibles, repose justement sur cette envie de rendre le quotidien plus amusant et plus spectaculaire. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de retour de la couleur, de la personnalisation et d’un maximalisme beaucoup moins codifié que celui des années 2000.

Et si cette obsession était aussi une manière de consommer autrement ?

Il y a quelque chose d’assez révélateur dans le fait que l’on puisse aujourd’hui reproduire cet effet avec quelques DHS de strass adhésifs. Dans une période où les grands gestes de consommation peuvent sembler de plus en plus inaccessibles, les petites transformations prennent une nouvelle valeur. Le bedazzling devient alors une forme de luxe miniature, une manière peu coûteuse de produire de l’abondance, de la nouveauté et surtout de la personnalité. C’est aussi ce qui le distingue du bling des années 2000. À l’époque, les strass participaient souvent à une esthétique très précise, celle du glamour, de la célébrité et de l’ostentation. Aujourd’hui, ils sont beaucoup plus libres. Ils peuvent être kitsch, absurdes, cool, enfantins, ou franchement ridicules. Ils n’ont plus besoin de prouver quoi que ce soit. Ils sont là pour le plaisir.

Et cette dimension ludique n’est pas anodine. Après plusieurs années pendant lesquelles les tendances ont souvent semblé nous apprendre à être plus sobres, plus efficaces, plus adultes, le retour de ces objets décorés comme des cahiers d’adolescente a quelque chose de presque libérateur. La Gen Z, qui a grandi entre pandémie, incertitudes économiques et entrée dans l’âge adulte retardée, semble paradoxalement répondre à cette période par davantage de fantaisie. Le strass devient alors une forme de prolongation des jours heureux de l’enfance.

Pas besoin que tout soit pratique. Pas besoin que tout soit intemporel. Pas besoin que chaque achat soit un investissement. Certaines choses peuvent simplement être jolies, inutiles et Fun.