5 choses à savoir sur Zhor El Horr, la première femme juge du Maroc

Zhor El Horr, la première femme juge au Maroc.
Zhor El Horr, la première femme juge au Maroc. — © DR

Disparue le 16 octobre 2026 à 79 ans, Zhor El Horr, première femme à exercer la fonction de juge au Maroc, était magistrate, avocate et défenseure des droits des femmes. Plus de quatre décennies de transformations judiciaires et sociales : retour sur son parcours en cinq points clés.

1. Elle a ouvert une voie inédite aux femmes dans la magistrature

Née à Casablanca en 1947, Zhor El Horr commence sa carrière en 1966 comme enseignante de langue arabe, tout en poursuivant des études de droit. Diplômée en 1975, elle réussit le concours de la magistrature et, en 1979, est nommée au tribunal de première instance d’El Jadida. Elle devient alors la première femme juge du Royaume, dans une institution où les femmes sont encore peu nombreuses. Une nomination qui marque une étape importante dans l’ouverture de la magistrature marocaine aux femmes, et qui inaugure une carrière de plus de quarante ans au service de la justice.

2. Elle a exercé des responsabilités au plus haut niveau judiciaire

Après ses débuts à El Jadida, elle rejoint Casablanca en 1983. Vice-présidente du tribunal de première instance d’Aïn Chock Hay Hassani en 1989, elle est nommée conseillère à la Cour suprême en 2000, institution devenue par la suite la Cour de cassation. Elle préside ensuite les tribunaux de Ben M’sik Sidi Othmane, en 2002, puis d’Al Fida Derb Sultan, en 2003. En 2006, elle prend la présidence d’une chambre à la Cour de cassation, où elle poursuit son activité jusqu’à sa retraite de la magistrature, le 31 décembre 2010. Un parcours qui l’a conduite des juridictions de première instance aux plus hautes responsabilités judiciaires.

3. Elle a pris part à la réforme de la Moudawana impulsée par Mohammed VI

C’est l’un des chapitres marquants de son parcours. En 2001, le roi Mohammed VI crée une commission consultative royale chargée de réviser le Code du statut personnel. Zhor El Horr en fait partie, aux côtés de juristes, de magistrats et de trois femmes. Après plus de deux ans de travaux, la réforme aboutit en janvier 2004 à l’adoption du nouveau Code de la famille, qui introduit des changements majeurs concernant notamment le mariage, le divorce et les responsabilités au sein du couple.

Zhor El Horr prend part à ce chantier en tant que membre de la commission consultative, puis contribue aux travaux du comité d’experts chargé de préparer le guide d’application du nouveau Code. Elle continue par ailleurs à dénoncer les dérogations permettant le mariage des mineures, estimant que les avancées législatives doivent s’accompagner d’une application effective sur le terrain.

4. Elle a poursuivi son engagement après la magistrature

Sa retraite ne met pas un terme à son activité professionnelle. Elle rejoint le barreau de Casablanca et continue à défendre les droits humains, en particulier ceux des femmes et des enfants. Elle siège au Conseil national des droits de l’Homme, préside l’Association marocaine de soutien à la famille et enseigne à l’Institut supérieur de la magistrature. En septembre 2019, elle prend la tête de la Commission nationale de prise en charge des femmes victimes de violences. Elle est également coauteure, avec Hassan Ibrahimi, d’un ouvrage publié en 2014 sur la protection des droits des femmes dans la jurisprudence marocaine.

Son action ne se limite pas aux institutions et aux textes juridiques : elle intervient régulièrement comme médiatrice dans l’émission radiophonique Assolh Khir, diffusée sur Radio Aswat et consacrée aux conflits familiaux. Une manière de rendre les questions de droit familial plus accessibles et d’accompagner des personnes confrontées à des difficultés conjugales.

5. Elle a été plusieurs fois récompensée

Son engagement lui vaut plusieurs distinctions, dont le Ouissam alaouite aux grades de chevalier, en 2000, puis de commandeur, en 2003, ainsi qu’un prix d’Amnesty International Maroc pour son action en faveur des droits humains. En avril 2025, l’Université lui rend hommage.

Source Elle Maroc