«Les Baronnes» ou la revanche des daronnes marocaines au cinéma

"Les Baronnes", réalisé par Nabil Ben Yadir et Mokhtaria Badaoui.
"Les Baronnes", réalisé par Nabil Ben Yadir et Mokhtaria Badaoui. — © Presse

S’il y a bien une affiche du mois qui mérite qu’on s’y attarde, c’est bien celle du film "Les Baronnes". Du cinéma comme on aimerait en voir plus, ne serait-ce que pour le fait qu'il mette les femmes mûres à l’honneur, devant et derrière la caméra.

En 2009, « Les Barons» avait fait l’effet d’une bombe en Belgique. Cette comédie sur une bande de jeunes hommes paumés de Molenbeek, signée par un cinéaste bruxellois alors inconnu, Nabil Ben Yadir, avait rassemblé toute une communauté devant les écrans et marqué durablement l’imaginaire collectif. Quinze ans plus tard, retour au même quartier, avec les mêmes couleurs et la même tendresse pour ses habitants, mais cette fois, la caméra change de camp.

Les Baronnes met en scène quatre grand-mères de Molenbeek qui se lancent dans le théâtre amateur et bouleversent, au passage, leur famille, leur quartier, et un peu tout le pays. L’histoire suit notamment Fatima, 65 ans, dont l’existence bascule le jour où elle découvre que son mari mène depuis une dizaine d’années une double vie… au Maroc.

Toujours écouter sa mère !

Mais ce qui rend ce film vraiment singulier, c’est son origine. «Les Baronnes» n’existerait pas sans une remarque, celle d’une mère à son fils. Car derrière la caméra, il n’y a pas un mais deux réalisateurs : Nabil Ben Yadir, donc, et sa propre mère, Mokhtaria Badaoui, Marocaine, qui lui a transmis très tôt le goût du cinéma.

«Les Baronnes» ou la revanche des daronnes marocaines au cinéma

C’est elle qui, après avoir vu « Les Barons», a fait remarquer à son fils que le personnage de la mère du héros n’avait presque pas de texte, autrement dit qu’elle n’existait quasiment pas à l’écran. Nabil Ben Yadir a d’abord pris la remontrance comme une pique personnelle, avant de la prendre au mot…s’il n’y a pas de « baronnes » devant la caméra, c’est peut-être tout simplement qu’il n’y en a pas derrière.

Un duo qui dépote

Le duo mère-fils a alors coécrit et coréalisé ce film qui donne enfin le premier rôle à ces femmes de 60 ans et plus, habituellement reléguées aux seconds rôles ou à la caricature. En interview, Nabil Ben Yadir s’amuse à se présenter comme « le fils de la réalisatrice », façon pour lui de rendre à sa mère ce qui lui revient.

Le film, présenté au Festival Black Nights de Tallinn dans la section Rebels with a Cause, y a d’ailleurs reçu le Prix du Meilleur film. Une comédie tendre et politique, portée par un casting choral emmené par Saadia Bentaieb, Rachida Boughanem, Halima Amrani et Rachida Riahi — et une histoire de transmission qui, cette fois, ne se joue pas seulement à l’écran.

« Les Baronnes » de Nabil Ben Yadir et Mokhtaria Badaoui. En salles au Maroc.

Source ELLE MAROC